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Nos petits malheurs

Je bois mon café comme une ingrate.

Alors qu’il y a des millions de gens qui n’en connaissent même pas l’arôme.

Jour après jour, je mange des mets qui me nourrissent et me soutiennent. Des plats tous plus goûteux les uns que les autres.

Je n’ai pas besoin de fumer pour me tenir au chaud. Ni de boire de l’alcool à friction pour me donner une sensation d’euphorie de brûlement gastrique et d’aveuglement qui deviendra bien vite aveugle tout court.

Je déguste mon café maison avec trois gouttes de sirop d’érable. C’est du luxe, je sais.

Alors qu’il y a des millions de personne qui souffre et demande quelques sous pour avoir de quoi se mettre sous la dent pour se réchauffer, nous, on bois notre café.

Je serais une vraie toxicomane finie si j’habitais la rue. Je ne me contenterais pas de nourrir ma peau avec ma collecte du métro. Je me bourrerais la gueule de cochonnerie pour oublier mon corps, oublier ma place, mes maux et mes mots qui ne seraient plus.

Je gueulerais à la tête des gens, transit par le froid et l’humidité qui prendrait domicile dans mes jointures. Alors qu’une diarrhée verbale coulerais de ma bouche tordue, je brandirais mes poings pour montrer ma douleur et les passants effrayés croirait à une possible menace.

Laissant la folie m’envahir doucement, si douce folie qui tient compagnie à n’importe quelle solitude. Me réfugiant dans la noirceur tranquille d’une ruelle loin, loin, des regards indiscrets.

Parce qu’avouons le, la rue, c’est de l’intimité décapante.


Faut se le dire, se le dire tellement souvent.

Nos petits malheurs c’est bien beau. C’est comme un bouquet de fleurs nauséabondes; c’est beau mais ça donne un peu la nausée. C’est tout.

C’est tout beau, d’échouer un cours, de perdre un job, de se tromper de bobette et d’enfiler Jeannette.

C’est tout beau, nos petits malheurs de moyen mortel de la classe économique. Notre café sera toujours bon, au petit matin, après une nuit d’insomnie.

J’ai eu la chance. De naître.

Malgré mon combat décadent contre quelque chose d’invisible; d’invincible; j’ai la chance.

Je mange, je bois, je me paye des conneries des fois.

Je pet, je rote et je renifle, tout ça, dans un beau grand divan. Et quand je divague et quand je délire, je ne perd pas pied dans l’instance psychotique d’une faille trop grande dans laquelle j’aurai mis le pied accidentellement.

Et je bois mon café comme une ingrate alors qu’une partie de l’île sur laquelle je demeure; se meurt de rien.

Faite dont du ménage, pauvre sous riche des pauvres. Faite dont du don d’un peu de trop plein de votre maison.

« Tout ce qui n’est pas donné est gaspillé. » FLL.



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