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"C'est pas grave si tout n'est pas parfait"

J’avais déjà frappé mon premier mur quelque part en mai. Effondrée, assise devant mes barils anti-ours que j’avais lancé au sol. Mes 15 portions de nourriture qui refusaient de rentrer dans mes contenants, j’étais couché en boule à pleurer. Incapable de réfléchir.


Mais cette fois, le glas a sonné; il reste 12 semaines. Trois mois est un temps indéfini alors que 12 semaines, ça s’écoule en se fouillant dans le nez.

Jeudi matin, je suis en train de défaire mes sacoches après un entrainement et plus rien n’a de sens. Je regarde mon matériel et je suis prête à tout jeter aux ordures pour trouver mieux. Je sais très bien que les pièces principales sont d’une qualité exceptionnelle pairées d’une garantie à toute épreuve, pourtant, je n’entends rien. Je remets tout en doute. Et puis, j’ai l’impression d’avoir à tout redessiner, modifier, réinventer pour que tout soit parfait. Ma tête est une flaque de Jell-O au citron. J’avance à pas de tortue, ça ne suffit pas! Je vois la liste des choses qu’il me reste à faire et j’ai soudainement l’impression que depuis 18 mois, je jongle, je lance des idées en l’air, je les valide mais qu’absolument rien n’est confirmé. Je tombe.

Et si mon bruleur me lâchait? Et si je mettais le feu à ma tente? Et si je n’arrivais plus à dormir parce que mon sac de couchage trop humide devenait glacial? Et si mes bottes après une nuit à -30 avaient cristallisées et au lieu de me tenir chaud, elles me congelaient les pieds? Et si mon cellulaire faisait défaut? A remarquer que les phénomènes météo n’occupent guère mon esprit, puisque sur ça, je n’ai aucune emprise. Et je ne fais pas attention aux avis qui me mettent en garde contre les hommes, les loups, les ours… la noirceur… le froid … Ça suffit! Vous avez vraiment peur de votre ombre mais vous ne me gagnerez pas sur ce point. On se calme!

Ma peur réside dans la perte ou le bri de mon matériel. C’est tout ce que j’ai pour me protéger, me faire sentir un semblant de sécurité. Mais ça ira, je le sais bien. Et si ça ne va pas, j’attends quelques heures, voir quelques jours et je demande l’aide du premier automobiliste qui passe. Y’a rien de sorcier et surtout pas de panique.


J’ai quand même la chance inouïe d’être entouré d’aventuriers qui ont réalisé des épreuves physique/psychologique ou qui ont fait de long périple sur la planète, capables de me ramener sur terre. Qui savent de quoi ils parlent, ce qui n’est pas le cas des agents touristiques enfermés dans leur bureau qui doivent aviser du pire sans pouvoir aider à peser le poids de la réalité.


-"Je suis en train de peter un câble" -"Tu me fais signes si tu as besoin d’aide, ok? Un câble ça se pête mieux à deux"

Et s’ensuit deux ou trois discussions entrecroisées qui m’apaisent.



Dans un autre ordre d’idée; ma santé est tout ce qu’il y a de plus normale, mes suivis chez les spécialistes confirment ce que je ressens; stable, aucune inflammation, flexible, sans douleur. Par la bande, j’apprends que je pourrais peut-être avoir accès à la médication sous une forme différente. Les injections se présentent sous forme de seringue en verre préremplie ou en crayon auto-injecteur. Ce qui est soit très fragile à transporter, soit très gros. A quelques reprises j’ai demandé à la compagnie pharmaceutique si le médicament était accessible en flacon. « Non! », « Non! » et re « Non! ». La dernière fois fut la bonne. « Les doses pédiatriques sont disponibles en flacon, il faudrait demander à vos spécialistes s’ils sont en mesure d’en justifier l’achat » Ah bin! Mais qu’attendait-on pour me faire part de cette information toute simple? Ça ne m’en prenait pas plus pour me remettre sur mon destrier!


Bon, je vais quand même réviser deux ou trois pièces d’équipement et voir si je ne peux pas les changer pour mieux ou pour plus adapté. Je suis encore en rodage après tout.

Merci à Patrick et Annie qui m’ont généreusement prêté leur baril JAUNE. Je jubile d’être lundi pour voir si l’idée qui me tenaille est un hop! Ou un flop!


Merci à mon Mentor qui « pete un cable » avec moi, en s’assurant de ne pas me laisser en proie au loup dans ma tête.

Merci aux aventuriers de mon cœur qui prennent le temps de discuter, de m’envoyer un bout de texte inspirant, un mot d’encouragement ou un conseil spontané.


Merci à ma coloc qui me regarde parfois pendant 20 minutes le temps que je vide mon sac et me dit juste un « ça va aller babe ». Ça lui arrive de rire de moi aussi et c’est tout à fait justifié.


Merci à mes parents qui m’accueillent à bras ouvert, qui m’aident, qui passent de long moment à réfléchir, qui testent et modifient mon équipement avec moi.


"Et si on s'arrêtait à tous ces conseils qui nous jure que nous risquons notre vie; nous ne serions ni allés sur un autre continent, ni allés sur la lune." (En réponse aux conseils de l'agence touristique du Labrador)



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