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Givre et or saignant

Je ne compte ni les jours, ni les semaines avant le départ. L'évidence, c'est la saison qui change. Le givre au petit matin sur l'étang et les feuilles d'érable couleur d'or saignant.

C'est facile d'apprécier la nuit, quand on est bien en sécurité dans l'ombre de sa maison.

C'est facile d'adorer danser sous la pluie, quand on rentre au sec dans notre foyer, prendre une douche chaude et changer de vêtement.


Nous sommes l'être le moins bien adapté à la nature. Nous nous sommes protégés d'absolument tout en prétextant que nous avions l'intelligence de développer des technologies appropriées, mais nous avons affaiblie nos défenses et nos instincts. J'ai vu de minuscules oiseaux sous des pluies torrentielles, voler vers leur nourriture sans se soucier ni du froid ni des gouttes qui les faisaient valser tellement elles étaient grosses et violentes, alors que nous courons, la tête rentrée dans le cou, quand nous recevons un crachin froid sur l'épaule de nos manteaux.

Nous nous sommes immunisés de la nature qui peut, d'un seul coup de vent, nous rappeler que nous dépendons de son calme. Nous sommes plus vulnérables que n'importe quelle autre espèce vivante. J'ai envie de cet inconfort, d'être laissé à moi-même, de me fondre dans la nature, de vivre avec les aléas, les intempéries et parfois surement, la peur. Je ne sais pas combien de temps ça durera, ni quelle est réellement ma quête dans cette traversée du continent, mais je sais que je dois partir. J'ai besoin de tenter ce mot que j'ai écrit des centaines de fois, jusqu'à en déchirer le papier; harmonie.

Sans l'affront, sans la gravité, sans l'instabilité; c'est le statu quo. C'est le mouvement constant qui créer l'équilibre. J'ai une tendance passionnelle à la confrontation; je vais m'y frotter une bonne fois pour toute.

Une tente, un matelas, une bouilloire et un bruleur, quelques sous vêtements, trois combines et de quoi manger qui se répète jour après jour. Le nécessaire du confort et de la sécurité, une charge réfléchie, une route à suivre. Impossible de m'égarer; physiquement du moins.


Je ne suis pas encore tout à fait prête, mais les délais sont respectés et une force tranquille me gagne à l'idée de poser mes pieds sur la route du Labrador. Les premières photos d'hiver commencent à apparaître et étrangement je me sens apaisée.


Les mailles du projet s'emboitent les unes après les autres, tout doucement. Comme la saison qui s'achève…




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