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Plongeon

Préparer une aventure, c'est un lot de décision que personne d'autre ne peut réfléchir ou prendre à notre place. La beauté dans tout ça, c'est d'avoir le loisir de tricoter le projet à l’image de ce qu’on porte et de ce qu’on veut apprendre et offrir.

D'embryon, le projet devient fœtus, petite chose viable à qui on veut donner ce qu'il y a de meilleur. C'est, oui, des choix, mais aussi mille informations qui s’entrecroisent. C'est des départements qui se lancent la balle sans savoir ce que l'autre a dit, c'est des gens qui veulent fort et te donnent l'espoir que oui, mais qu'au final, l'ensemble ne se coordonne pas pour aboutir. Il faut donc apprendre à faire la part des choses et être conséquent.

Chaque fois que je crois une étape terminée, je me rends compte qu'une nouvelle information vient faire des courants d’air sur mon château de carte. Alors je prends une grande respiration, je retiens mon souffle et je recommence. Rien n'est impossible dans ce que je me prépare à faire, je ne rêve pas en couleur. Ça me semble si simple, faire l’une des premières choses que nous apprenons dans la vie; marcher. Mais il y a parfois quelques grains de sable dans mes bottes qu’il faut que je retire le plus rapidement possible pour éviter une ampoule ou une blessure; un problème qui en fait, n’en devient pas un, si on le gère immédiatement.

Au début de la phase embryonnaire, ma place au travail était précaire, je venais tout juste d'appliquer pour un nouveau titre d'emploi, et j'assumais pleinement que je redevenais une "nouvelle" dans ce département. Même si j'avais huit années derrière moi dans cette compagnie, les avantages de l'ancienneté s'étant évanouis, je savais que je devrais faire bataille pour obtenir un sans solde. Comme j'ai toujours eu envie que ce soit simple, l'idée de donner ma démission est devenu très claire après peu de temps. J'avais déjà beaucoup lutté dans les années précédentes pour mes dossiers, pas question cette fois-ci. Dernièrement, on m'a offert une opportunité qui aurait pu me faire changer d'idée, une personne que j'affectionne particulièrement qui me donnait espoir que je devrais mais surtout, que je pouvais rester à l'emploi, qu'on allait m'y offrir du support, un lien pour les communications et de l'aide de toute sorte. Coup de vent. Je retiens mon souffle. Est-ce que ce serait possible, vraiment? Aussitôt cette porte ouverte, j'ai plongé en évaluant parfaitement les chances de me frapper le nez contre le fond du bassin; la bureaucratie et les règles du "ni blanc ni noir". En moins d'une journée, les espoirs avaient déjà pris des teintes neutres. Il me faudrait encore faire valoir des points à la convention, essayer de faire un casse-tête d'une chose qui aurait pourtant dû être facile. Alors non, je ne retiendrai pas mon souffle plus longtemps cette fois. Respire.

J'ai donc tout préparé en conséquence. Le 9 novembre 2018, au terme de 9 ans de service (J'ai été engagée le 9 novembre 2009) dans cette compagnie qui m'a charmé dès les premiers instants, dans ces emplois qui m'ont nourri, fait rire et fait pleurer, qui m'ont permis de connaitre des gens plus qu'exceptionnels, et tous ces patients et ces partenaires qui m’ont soulagée, soignée, soutenue sans même le savoir... Je serai une SDF. Et croyez-moi, au plus profond de moi-même, c’est exactement ce que je désirais. La liberté, n’appartenir à rien ni à personne. Ne rien devoir à aucune société. Vivre aussi simplement et intensément que je le ressens et pouvoir donner toute l’attention à ce qui m’entoure, ne pas penser à autre chose qu’a ce qui remplit ma vie à chaque minute qui passe.

Quand on veut voyager avec un médicament dit d'"exception" selon la RAMQ, il faut être attelé solide et réitérer des demandes, reformuler les questions en tous sens et faire répéter à plusieurs reprises la réponse finale pour être sûr et certain que les deux parties se sont bien compris.

En donnant ma démission, je n’ai plus accès à l’assurance collective. Je dois donc faire remplir un formulaire à mon médecin traitant pour que la RAMQ accepte de couvrir une partie des frais de mes injections, mais cette demande, je ne peux l’envoyer qu’à quelques semaines avant mon départ et attendre patiemment le verdict. Coup de vent. J’ai bien tenté d’expliquer que je ne pouvais pas me permettre d’attendre une décision aussi importante à deux semaines du départ. Rendu là, je ne pourrai plus reculer; ma démission remise, ma traversée dessinée au millimètre près. Mais je dois faire dans les règles, je ne fais pas exception. C’est juste pour tout le monde. Je retiens mon souffle jusqu’en octobre.

Quelqu’un m’a demandé « Après 6 mois hors Québec, tu n’es plus couverte par la RAMQ, t’es-tu informée là-dessus? ». Coup de vent. Retiens mon souffle. Retour au point de départ. Nous avons droit à 6 mois hors Québec, c’est vrai. Mais tous les sept ans, nous pouvons demander une extension de 180 jours. Donc, je sors du Québec pour l’Ontario en mai 2019, les six mois acquis me mènent en novembre, une extension de 180 jours, en mai 2020. Tout est parfait. Respire.

Caroline, la femme qui travaille pour la compagnie pharmaceutique, ma « spécialiste en soin personnalisé » qui a obtenu les réponses quant à la livraison, les frais, l’entreposage de ma médication, celle qui, de son propre gré a fait des démarches et me faisait des suivis sans que je la relance, elle, elle m’a écrit il y a quelques semaines. Elle me disait qu’elle ne serait plus la responsable de mon dossier. Coup de vent. Retiens mon souffle. Qu’adviendrait-il de tout ce qu’on avait fait ensemble? De chaque pas, de chaque décision? Devrais-je tout réexpliquer, serais-je avec une agente aussi compréhensive, disponible et efficace? Est-ce que les informations allaient être correctement remises, comprises et appliquées? Aurais-je autant de facilité à communiquer? Est-ce que cette nouvelle responsable allait encore changer durant ma traversée et risquer de compliquer les choses? Caroline est là, au bout du fil; elle travaille conjointement avec celle qui est maintenant en charge de mon dossier. Elle s’occupera personnellement de tout lui expliquer point par point, elle semble connaitre mon dossier sur le bout des doigts; je suis rassurée. Je peux toujours la rejoindre si quelque chose m’embête ou si j’ai des questions. Respire. Enfin.

Que me reste-t-il encore? Beaucoup. Énormément. Mais chaque pas dans la bonne direction, chaque fois que je retiens mon souffle, je me consolide dans mes choix, je gagne en assurance et en stabilité. Tout ira bien d’ici mon départ. Et si ça ne va pas ensuite, je veux avoir déjà réfléchi à une façon de ne pas risquer mon intégrité, ma santé ou ma sécurité ni obliger les gens que j’aime à s’inquiéter pour moi. Jamais. Je ne vais pas au-devant des dangers; je les appréhende, relativise, m’informe, cherche comment les éviter. Tout doit demeurer simple.

Je veux juste vivre. Voir des arcs-en-ciel, des aurores boréales et les si petites choses qu’on ne remarque souvent plus au quotidien mais qui sont bien là, qui nous sautent aux yeux quand on s’arrête au moment présent.

Et peut-être aider quelques personnes qui aspirent à sortir de leur prison. Les barreaux devant nous, sont souvent ceux que l’on s’impose à soi-même. Ni la maladie, la médication ou les obligations/responsabilités sociales ne doivent être un frein à nos désirs profonds, tout peut-être fait. Vraiment. Non, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Il faut oser, affronter, croire et faire confiance en ce qui nous anime. Tout est possible. Un pas à la fois. Des échecs, des compromis, des pertes. Mais tant qu’on n’est pas mort, on peut recommencer a zéro aussi souvent qu’on veut.

Laissez-vous gagner par ce qui dort en vous, emportez les gens dans le tourbillon de vos rêves, ils vous aideront, ne serait-ce qu’en étant là, si jamais la réalité est plus difficile à porter, le temps de reprendre votre souffle.

A Go! On plonge?

GO !



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