• Fly

Vagabonde...

«Je te regardais aller, juste avant que tu partes, je ne t’ai rien dit parce que je ne voulais pas trop rentrer dans ta tête, mais je me disais "Voyons, qu’est ce qu’elle est en train de faire là? Fly, t’es en train de t’auto-saboter ou quoi?". Mais tu sais, ton 18 mois de préparation a été un voyage en soi. On te regardait aller et tu nous as fait vivre toute sorte de chose (…)»


Depuis ma décision de revenir, de traverser le Labrador en auto-stop après seulement 5 jours - parce que croyez-moi, y’a rien là-bas comme matériel qui aurait sauvé ma traversée – je viens de refermer une plaie dans laquelle tout le monde me donnait l’impression de fouiller pour avoir un morceau frais à extirper.


Lors de l’élaboration, j’ai livré des bouts de moi que vous lisiez en silence, sans trop participer. Des voyeurs muets. C'était bien ainsi.


Juste avant de partir, moi qui suis de nature sauvage et solitaire, j’ai été confronté à un flot d’énergie et d’attention qui m’ont un peu fait perdre pied. Je ne comprenais pas pourquoi subitement, tout le monde s’intéressait et s’inquiétait de moi (je crois important d’exclure ici les rares individus avec qui j’étais en contact quotidien depuis le début et qui se reconnaitront). Voulant savoir comment j’allais, où j’étais, ce que je faisais, quand j’avais été pratiquement seule à me gérer durant 1 an et demi. Alors que j’avançais littéralement sur les genoux sous le poids de mon sac à dos et que je ne relevais le nez du sol que pour essuyer mes larmes, on me demandait à pleine volée si je vivais « enfin » le rêve, l’extase, la plénitude. Vous ne pouviez pas savoir...


Ça va sembler un peu dramatique, mais pour moi, j’étais en train de perdre mon «bébé» et je ne voulais pas m’avouer que ça finirait si vite. Et plutôt que de m’écouter et de tout fermer pour reprendre mon souffle, parce que je sentais que je vous devais au moins quelques explications, j’ai essayé de vous répondre.


Je n'ai jamais parlé de la traversée de façon spontanée, maintenant que je venais d’avorter, je me retrouvais à ne parler que de ça, à me faire trifouiller comme une expérience manquée qu’on voulait comprendre. On m’a posé des questions auxquelles je n’avais aucune réponse et puis … j’ai perdu patience. WOW! 


J’ai donc pris le recul nécessaire, j’ai choisi de ne plus répondre, quitte à avoir l’air effrontée. J’ai arrêté de croire que j’avais à justifier ma décision, qui au final, était motivée par beaucoup plus qu’un sac à dos brisé. Et j’avais besoin de me poser. De revenir à la base, sans les remous constants qui me ramenaient en pleine face ce que j’avais laissé derrière. 


On ne se rends pas toujours compte, avec les réseaux sociaux, qu’une voix est souvent suivie de vingt autres. Que si quelqu’un émet un commentaire, il y a surement déjà dix personnes qui l’ont fait. Mais ça m’appartenait de tout fermer, ce que j’ai fait. Tout est redevenu instantanément plus calme et serein.


Le projet n’en sera plus un aussi contraint, aussi linéaire, aussi… performant; pour moi, la performance, c’est pour le boulot, pas ailleurs. J’ai encore tellement de chose à apprendre, d’expérience à faire avant de décider de retracer une ligne de l’est à l’ouest.


Plus que tout autre chose dans ce projet, je tenais à me rendre au Labrador. C’était mon point de départ, ma folie et ma plus grande peur d’inconnu. Sauf deux belles personnes, j’ai eu droit à l’opinion de tous et chacun pour me convaincre de ne pas y aller et ce, sans même que ces gens n’y aient jamais posé le pieds. Comme si on essayait de me faire avaler des peurs qui ne m’appartenaient pas. Hey Ho! Je n’ai pas besoin de tes peurs, j’ai déjà les miennes!

Je ne trouvais aucune raison d’autant m’accrocher à cet endroit, mais c’était indispensable que je m’y rende. Je savais que j’y trouverais quelque chose. Et je tiens à vous rassurer, le Labrador n’est pas un monstre sanguinaire rempli de loups et de camionneurs qui n’attendent qu’un peu de chair fraiche. Au contraire. 

Là-bas, j’ai fait un face à face avec mes plus vieilles peurs et elles appartiennent désormais au grand air du Nord. 

J’y ai rencontré des gens au cœur grand comme l’océan. Qui m’ont appris en quelques heures à accepter l’aide et à dire « oui ». Que de dire non à l’hospitalité quand t’es un étranger, c’est comme un refus de communiquer. Que ceux qui m’ont offert à boire et à manger, le faisaient exactement comme moi je le ferais – pour faire du bien, sincèrement, sans rien attendre en retour; parce que de tendre la main pour aider, c’est juste humain. 

Et la nature là-bas, ça fait suffoquer d’immensité. La lumière, l’air, l’horizon, la voie lactée; tout y est différent.


Et puis voilà, a peine débarquée au quai de Blanc Sablon, que ça bouillonnait de sens. L’élaboration de ce projet ne m’aura pas laissé les mains vides en me menant au Labrador. J’ai mis un bon mois à faire de l’ordre dans mes désirs, dans ce que je gardais de la traversée, de l’entité même du projet qui était «Bouger et être dehors». 


Alors que j’écrivais à propos de ce désir de liberté, de ne plus avoir ce cadre rigide que je m’étais bâti au fil de l’élaboration du projet pour me sécuriser, quelqu’un m’a écrit ignorant qu’il ne pouvait pas si bien dire à ce moment précis :

«Si tu veux te sentir libre de voler au-dessus de l’océan, il te faudra des ailes... Ça demandera un certain «cadre» pour les fabriquer, apprendre à t’en servir et te concentrer sur la technique, mais une fois au-dessus de l’océan tu auras toute la «liberté» de planer où tu veux... Sinon, bah tu pourras toujours traverser ce même océan en prenant un bateau sur lequel tu rencontreras plein de monde et avec lesquels tu partageras et apprendras. Tu seras là aussi libre de faire ce qui te plait, plus facilement encore car tu seras dans un environnement plus sécuritaire...»

Je vous donnerai le sens concret dans quelques mois, quand je pourrai confirmer que la porte qui s’est ouverte vers l’extérieur en me rendant là-bas, me permettra de voler – ou de voguer - encore plus loin vers l’horizon.


Mon projet, qui je suis vraiment, c’est de vivre intensément aujourd’hui, de chérir le moment présent, que mon corps soit un temple, qu’il soit en harmonie avec la Nature dans toute sa simplicité et de beurrer tout ce que je trouve sur mon chemin de gratitude.  


A l’avenir, mon blog servira de grenier, de porte document, de feuille de contrôle, de rapport humain. Ce sera plus qu’une traversée écrite d’avance; ce sera … Ma version de la liberté rendu sur papier et nourrit de grands silences.


Le reste est en construction constante -  mes ailes, mon navire, mon Everest, moi.



62 vues

© 2023 by Name of Site. Proudly created with Wix.com

  • Facebook Social Icon
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now